[Guest-Blogging] L’échec annoncé du plan Maroc Numeric 2013

La presse a déjà fait et refait le bilan du #FtourChami, un diner débat durant lequel M. Ahmed Réda Chami ministre de l’Industrie, du commerce et des nouvelles technologies a fait le point sur le plan Maroc Numeric 2013.

Beaucoup ont insisté sur l’aspect ambitieux du plan. Je tiens pour ma part à nuancer cette affirmation. Sans minimiser les efforts de M. Chami qui m’a paru être quelqu’un de compétent et dont l’équipe s’est volontiers pliée au jeu des questions-réponses sans aucune réserve, j’aimerais tout de même rappeler quelques faits têtus.

D’abord commençons par nous souvenir qu’on est à la veille d’élections législatives, l’équipe Chami ne sera donc sans doute pas là pour mener cette stratégie à son terme. A part des projections nous n’avons pas grand-chose. Des chiffres ? A peine 5,4 milliards de DH pour un plan transversal censé bouleverser le paysage économique au Maroc. Un chiffre bien faible quand on sait tout le retard accumulé par le pays.

La Malaisie en Exemple

Pour remettre les choses dans leur contexte globalisé parlons donc de la Malaisie. Elle compte investir 444 milliards de dollars pour son « 2020 Digital Master Plan ». On me rétorquera que ce pays a trois fois notre PIB par habitant 14,700$ contre 4900$ (2010) et que leur plan court jusqu’à 2020 alors que le nôtre se limite à 2013. Oublions donc le fait que le Malaisie était dans une situation similaire à la nôtre il y a 20 ans et qu’ils ont fait un formidable rattrapage économique, technologique et politique alors qu’on regardait les trains passer.

Restons donc dans les chiffres et divisons grossièrement la somme malaisienne pour la remettre à notre échelle. On se retrouve alors avec 18,5 milliards de dollars à investir sur une année. Les 600 millions de $ font léger du coup. On en est encore à combler les trous au lieu d’avoir une véritable vision non seulement pour rattraper notre retard mais surtout pour nous donner une chance d’être un jour un acteur majeur dans un secteur.

Pour reprendre le cas de la Malaisie, ce pays a compris encore une fois bien avant nous que c’est dans le digital qu’on pourra trouver les réserves d’emplois de cadres pour offrir un futur plus radieux à sa jeunesse. Le plan pour résumer consiste à faire passer le salaire brut moyen de 6700$ à 15000$ d’ici 2020 et créer par là-même 3,3 millions d’emplois à haut revenu.

L’objectif du Maroc quant à lui est de passer de 32000 emplois en 2008 à 58000 d’ici 2013. Ambitieux avez-vous dit ? On est bien loin du compte.

Il reste tout de même que de gros efforts sont faits à d’autres niveaux, surtout celui de l’e-gov qui dans l’idée veut faire passer le Maroc des derniers de la classe à un niveau bien meilleur que celui enregistré par la moyenne des pays de l’UE.

Un effort louable surtout qu’on a tous eu à faire face à l’archaïsme de notre administration et à sa lenteur. Plus de 80 services seront alors portés sur la toile et pour permettre au plus grand nombre d’en profiter, l’accès internet sera généralisé au tiers des foyers marocains. Cet effort de 5,4 milliards de DH générerait ainsi quelques 27 milliards supplémentaires pour le PIB. Au vue de ces chiffres, on ne peut que regretter le manque d’initiative du gouvernement qui n’alloue pas suffisamment de budget à ce plan qui pourrait être bien plus ambitieux et tirer l’ensemble des secteurs, de l’industrie au commerce en passant bien sûr par l’éducation.

La crise

La réalité aujourd’hui est qu’on en est rendu à vendre les bijoux de famille, on a pensé à Maroc Telecom, pour enfin se délester de nouvelles parts Banque Populaire. La RAM est aussi en train d’être mise en condition pour qu’elle puisse intéresser un éventuel repreneur (plan social pour alléger la masse salariale et se débarrasser des anciens). Mais tout ça pourquoi ? Pour investir ? Cela aurait eu un sens mais non, c’est pour faire face au trou laissé par la caisse de compensation et les dépenses courantes.

L’OCP machine à cash du Maroc est aussi mis à contribution pour boucler cette fin d’exercice, le temps de passer la main au nouveau gouvernement censé sortir des urnes dans deux mois. Un gouvernement qui au passage ne repose pour l’instant que sur des compromis et non sur un programme ou une vision d’Etat. Voilà donc le Maroc que veulent nous vendre nos chers politiciens.

On peine aussi à préparer le budget pour le TGV. Ce sont tout de même 33 milliards de DH à trouver. Soit plus de 5 fois plus le budget alloué pour le plan Maroc Numeric 2013 pour quel de retour au final ? Je ne dis pas qu’investir dans un TGV est erreur, mais au vue de la polémique actuelle autour de ce projet, il serait judicieux d’en revoir l’envergure et de revoir les délais pour libérer des fonds.

Tout ceci pour rappeler que le Maroc est soi-disant un pays pauvre avec un déficit structurel imposant et une balance de paiement dans le rouge. Mais tous ceux qui connaissent ce pays savent aussi qu’on s’y enrichit très vite pour peu qu’on ait des connexions. Pour vous en convaincre, il suffit de regarder le nombre d’immatriculations de voitures de luxe et le prix de l’immobilier qui ne cesse de flamber.

Bien sûr qu’il y a de l’argent dans ce pays, beaucoup même. Il faut juste avoir le courage de le prendre dans les bonnes poches et d’arrêter d’offrir des cadeaux aux syndicats pour acheter la paix sociale. Sans aller jusqu’à nationaliser certaines richesses, il serait bon que la justice et le fisc se penchent sérieusement sur les comptes de tous ceux qui font étalage de leur fric.

L’argent pour financer une stratégie ambitieuse pour notre IT et l’industrie du digital en particulier peut être trouvé si on s’en donne les moyens. Les acteurs privés peuvent être mis à contribution, un rééquilibrage des dépenses suffirait sans doute, au pire on peut recourir à un endettement raisonnable, tout est donc question de priorité. Mais nos politiciens semblent encore plus blasés que nous par la situation du pays, l’ambition semble se résumer à l’heure actuelle à passer une couche de peinture bien fraiche au lieu de revoir les fondations d’une économie branlante.

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